De nombreux entrepreneurs profitent de subventions gouvernementales pour commander un audit 4.0. Une décision sensée ! Mais une fois l’audit en main, comment procéder pour mettre en œuvre ses recommandations?

À l'origine, l’audit 4.0 subventionné par le gouvernement a pour but d’établir la « maturité numérique » d’une entreprise. Il s’agit d’un processus rigoureux, débouchant sur un « plan numérique » et une série de recommandations personnalisées en fonction du plan stratégique soumis par l’entreprise.

Yves Dandurand, propriétaire des usines de scellants et d’adhésifs Adfast, s’est récemment prêté à l’exercice. Comme il avait déjà bien amorcé le virage du 4.0 et que la plupart de ses activités étaient déjà automatisées et connectées, il a conclu de son rapport d’audit qu’il pouvait lancer le volet prédictif de son usine intelligente. « Après la connexion et l’intégration, on était rendus là », affirme-t-il.

En un sens, c’est exceptionnel. Dans la majorité des usines québécoises, les technologies opérationnelles (TO) — c’est-à-dire les équipements industriels — fonctionnent en vase clos, tandis que les technologies de l’information (TI) se contentent de la gestion de la messagerie et des serveurs. Pour ces entreprises, le 4.0 représente tout un défi !

D’ailleurs, au lendemain d’un audit, le risque le plus grand demeure… de rester figé devant l’ampleur des travaux, et de ne rien faire ! « C’est pourquoi il faut prendre le temps de faire ce qu’on appelle un "plan directeur TO-TI", qui évalue les lacunes à combler d’un point de vue technologique, puis un plan d’action, qui donne des pistes d’action à très court terme », explique Patrick Caron, directeur de la livraison et conseiller principal, industrie 4.0 chez NOVIPRO. Voyons de quoi il en retourne.

Amorcer son virage 4.0 sur des bases solides

L’audit 4.0 cible des initiatives porteuses, alignées sur la stratégie d’affaires de l’entreprise. Mais il n’identifie pas explicitement le matériel, les logiciels et la réseautique à déployer pour que TO et TI puissent se parler de manière harmonieuse. Pas plus qu’il n’établit de priorités entre les projets proposés.

« Le plan directeur se présente comme une synthèse des écarts entre l’état actuel des équipements et systèmes et les cibles à atteindre. Il établit donc l’état des TO actuelles et la cible TO, et décrit l’écart entre les TI actuelles et celles qui pourront soutenir la cible TO. On y trouve entre autres un éventail de solutions, des devis budgétaires de fournisseurs et différents scénarios d’intégration », explique Patrick Caron.

Du côté des TO, on cherche à identifier la meilleure manière de connecter l’équipement industriel pour qu’il puisse produire des données de qualité en temps réel. Du côté des TI, on veut savoir comment soutenir les TO en mettant en place un réseau interne et des logiciels permettant un traitement continu et rapide des données, tout en protégeant l’entreprise par une cybersécurité adéquate.

« Le plan directeur nous donne un point de départ, ainsi qu’une cible à moyen et à long terme. Le plan d’action nous oriente vers les actions à prendre à très court terme. Qu’est-ce qu’on fait demain matin ? Par quel projet commencer ? » résume Patrick Caron. Un plan d’action trace le chemin à suivre en ordonnant les projets selon leur degré de priorité, en tenant compte de leur potentiel de rentabilité.

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L’approche évolutive du 4.0

Un outil indispensable, car la transition vers le 4.0 n’est pas un long fleuve tranquille. « Il faut s’attendre à vivre des échecs, c’est inévitable ! », souligne Yves Dandurand, qui fait son chemin dans l’univers du 4.0 depuis plusieurs années maintenant. « Une usine connectée, ça ne vient pas clé en main. Tout est à faire et on avance par essai-erreur. C’est donc une bonne idée de commencer par de petits projets pour se faire la main, obtenir des succès concrets rapidement et gagner de l’assurance. »

Le risque en vaut-il la chandelle ? « Notre profitabilité a quadruplé en quatre ans ! », répond fièrement l’entrepreneur. Au-delà du succès d’affaires, Yves Dandurand voit dans cette évolution un projet de société : « Aujourd’hui, la concurrence vient de Chine, d’Europe et de partout dans le monde ! Les entreprises québécoises doivent se serrer les coudes pour prendre leur place dans le 4.0. »

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