Dans l’usine connectée, le service des technologies de l’information (TI) a une responsabilité autrement plus importante que la gestion des serveurs et des copies de sûreté : aider la production à tirer le meilleur parti des données générées par les machines. Pour y arriver, il doit être paré à toute éventualité, incluant un bris de connectivité ou d’équipement.

Dans un bureau, un ordinateur fige. Le clavier ne répond plus. Au même moment, de l’autre côté de l’usine, une machine devient silencieuse, dans l’attente d’un dessin technique contenant les spécifications des pièces à fabriquer qui n’arrive pas… Dans l’usine 4.0, le sort des technologies opérationnelles (TO) est désormais intimement lié à celui des technologies de l’information (TI). L’un ne fonctionne plus sans l’autre!

« Traditionnellement, les TI apportaient leur soutien aux aspects plus administratifs de l’entreprise, comme la comptabilité et les communications, explique Pierre Tocci, conseiller stratégique en transformation TI chez NOVIPRO. Aujourd’hui, elles se rapprochent du secteur névralgique de la production, celui qui génère les profits. »

Leur nouvelle mission : s’assurer que les données de production puissent être collectées, stockées et exploitées sans interruption. « On peut voir cela comme une promotion, ajoute Yves Paquette, cofondateur et président-directeur général de NOVIPRO. C’est un tout nouveau rôle, qui amène son lot de responsabilités… et de défis. »

Maintenir la connectivité

En effet, les défis sont nombreux pour un département de TI 4.0, à commencer par un aspect essentiel : le maintien de la connectivité en permanence. « Habituellement, les problèmes de connectivité viennent de l’interne, comme d’un réseau qui flanche ou de protocoles incompatibles, explique Pierre Tocci. Mais la menace peut également provenir de l’externe, par une cyberattaque ciblée, qui provoque l’arrêt d’une machine. »

L’équipe des TI doit aussi mettre en place un plan B en cas de panne informatique. « Si un ordinateur ne peut plus envoyer les dessins techniques à une machine, les TI doivent s’assurer qu’une alerte prévient un opérateur pour qu’il puisse charger le dessin manuellement », illustre Pierre Tocci.

Même une usine connectée doit donc pouvoir retomber sur ses pattes en passant en mode manuel, surtout dans la phase exploratoire des premiers projets 4.0.

Étendre la sécurité

Les TI doivent aussi se préparer à une menace virtuelle aux impacts bien réels : le cyberpiratage industriel. « Les cyberattaques existent, et elles ciblent généralement des industries qui n’ont pas atteint leur maturité en termes de sécurité informatique, précise Pierre Tocci. Les PME ne sont souvent pas conscientes de ces risques, qui représentent un nouvel enjeu de sécurité. »

Pour garantir la sécurité informatique d’une usine 4.0, l’équipe TI doit sortir de sa zone de confort. « Les gens des TI connaissent bien l’infrastructure informatique de l’entreprise, car ils l’ont eux-mêmes mise en place, explique Yves Paquette. Toutefois, ils connaissent moins l’infrastructure informatique intégrée dans les machines. Ils ne sont pas toujours au courant de la nature des données que les machines génèrent ou des modules de sécurité qui y sont associés. »

L’équipe TI doit donc assurer la double tâche de sécuriser ses propres infrastructures tout en étendant la couverture aux équipements de l’entreprise. Cela signifie, d’une part, d’installer des coupe-feu aux endroits opportuns, et d’autre part, de réfléchir aux personnes qui auront accès aux données et à la manière dont on cryptera ces données lorsque nécessaire.

Gérer les données

La manipulation des données de production représente un enjeu. C’est à l’équipe TI d’en faire la collecte et l’inventaire pour ne conserver que les données essentielles, puis de les intégrer dans le processus décisionnel.

« Selon moi, c’est l’un des plus gros défis auxquels font face les TI, confie Yves Paquette. Les experts TI sont bien sûr familiers avec le big data, puisqu’ils ont participé à son émergence, mais l’arrivée des TO dans le portrait amène un volume de données très important. »

Les TI doivent donc mettre en place un réseau, des logiciels et des infrastructures informatiques qui pourront accueillir en temps réel un fort débit de données machines, qui prennent souvent des formes non standard pour les TI. « On doit aussi s’assurer que les données recueillies sont standardisées et donc utilisables par les gens qui en ont besoin », complète Pierre Tocci.

Garder le cap sur les besoins d’affaires

« Dans un projet 4.0, on fait souvent l’erreur d’investir beaucoup de temps sur la connectivité, sans réfléchir aux orientations stratégiques de l’entreprise », prévient Yves Paquette. La leçon à retenir : pour orienter leurs actions, les équipes TI doivent constamment garder leur cible en tête, soit les besoins d’affaires qu’elles cherchent à combler !

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